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Dans les Pyrénées : Luchon

Superbagnères, 11 septembre 1923.

 

Beaucoup de notes omises à la Bourboule. Depuis, d'autres formes d'émotion mais qui n'ont point leur place ici. Retrouvé à Luchon la belle, sauvage et difficile montagne. Savouré un fois de plus les hautaines draperies grises qui ferment l'horizon du parc de Luchon : Le Pic Sauvegarde, le Corbeau, la Picado.

Ce soir, assise à la terrasse du Caravansérail de Luchon, j'ai le sentiment d'être au centre d'une immense et terrible circonférence. A droite, des montagnes vertes et violettes dont le nom m'est inconnu. Puis le Cirque de la Vallée du Lys avec le Petit Queyrat, le Pic de Crabioules et au centre de ces pics, la Gorge d'Enfer d'où s'échappe la cascade, comme un fil vue du plateau, mais que je sais autre et d'ailleurs le grondement même m'avertirait. Et puis joujours des pics aigus et fastueux dans cette lumière d'orage, des pics qui viennent brusquement d'accrocher les nuages et de s'y ensevelir. Il ne reste plus qu'une barrière noire par en bas, cotonneuse par en haut. Plus on ne voit, dans les creux, les lambeaux de neige, et les ombres légères des nuages les caresser de leur vie errante. A gauche, un orage sans doute :  une lumière d'incendie, des rayons verticaux et des échappées de lumière, comme si elle ne voulait pas être toute captive, mais errer encore un peu sur cette terre cabossée et nue pour la velouter.

Voilà qu'à l'instant la Vallée du Lys et le Cirque sont gris et livides une curieuse lumière d'hiver qui fait le plateau verdâtre avec sa laide lèpre des sentiers.

 

Retour de l'Hospice de France, 15 septembre.

 

Une belle route de montagne creusée à plein cœur de la forêt de hêtres : en bordure, des racines tiennent la terre noire en suspens. A droite, la vallée de la Pique et des pics moutonnants de hêtres et de conifères. Un pont, une eau étonnamment claire et d'un gris vert unique.

Passent en frise sur le chemin étroit des familles d'espagnols émigrant, les unes pour fuir la guerre marocaine, les autres pour les vendanges dans le Bas-Languedoc ou le Bordelais. Ils se déplacent, femmes, marmailles, couples de novios, mulets chargés. Une délicieuse mule, noire et fine, une jolie femme coquette avec son harnachement clouté de cuivre.

L'Hospice : une vieille hôtellerie à la cuisine voûtée, aux murs de château moyenâgeux, barreaux aux fenêtres. Le type de la "posada" dans Don Quichotte des muletiers, des bergers, des Anglais, des chiens, des mouches, nous. Un rêve : passer là un été, un automne, un hiver.

Un retour dans les nuages, capote de la voiture baissée et ne révélant qu'un rectangle vert voilé de brumes. Des rêves étranges couleur d'étang, d'un vrai étang jamais traversé. Impression : il semble qu'on revienne d'un autre monde et cela représente exactement 9 km 6 au bout desquels, au retour, on retombe en pleine pitrerie : Luchon.

Hier soir à pareille heure, j'attendais la Sonate à Kreutzer. Je l'ai ouïe si attentivement que j'ai failli ne rien entendre. Heureusement je me suis retrouvée à l'Andante : il donne envie d'aimer. Le premier mouvement m'a donné une impression déchirante : deux vies qui se poursuivent, se désirent, et ne se lient point. Le reste du concert, excellent, trop, trop de virtuosité, trop de raffinements. Tout cela ne donne que fatigue car violon, violoncelle et piano ont fait la roue à tour de rôle. Désastreux pour qui essaie de suivre. Ne retiens que le Chant hindou de Rimsky-Korsakoff. Et pourtant les deux études de Chopin, le concerto de Bach et le reste m'ont intéressée. Mais que tout cela est fatiguant !

Mais ce soir la cuisine chaude, les grandes bûches, les gens noirs et les mouches collées au crépi du mur blanc, et le vieil Anglais qui voulait lier conversation, tout cela est très reposant et guérit des excès de musique de tous ces jours.

Louisa Paulin

 

J'y suis tellement passé, près de l'hospice de France, tellement passé... je suis tellement monté là haut, jusqu'au port de Bénasque, jusqu'au pic de la Sauvegarde... J'ai même fait le tour jusqu'au Pic de la Montagnette et redescendu sur le cirque de la Glère, en revenant par ce bon vieux chemin calme et plat : Le chemin de l'impératrice... et parfois, je suis redescendu jusqu'en Espagne pour gravir l'Aneto depuis le refuge de la Rencluse. Ce sacré bon vieux pic du Sacroux n'est pas mal non plus !!! Ces randonnées font partie des plus belles randonnées de ma vie, et pourtant, j'en connais bien d'autres... ici où ailleurs... qui pourraient paraitre plus magnifiques...

Il est ruiné l'hospice de France, ruiné depuis longtemps, je voudrais bien qu'il soit restauré, et qu'il ressemble à nouveau à ce que décrivait alors Louisa Paulin... mais on ne peut militer pour toutes les choses de la terre...

J'écrivais ces lignes en 2005. L'hospice de France a été réhabilité et ouvert à nouveau en 2009. Je n'y suis pas encore retourné et je n'ai pas pu me rendre compte. D'après les photos que j'ai vues de ci, de là, il n'a pas été restauré à l'identique, je l'aurais vu autrement. Mais ce n'est pas très grave, l'essentiel est qu'il ne tombe plus en ruine.

JF, l'auteur du site

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